Vacarme 40 / cahier

ma vie

par Lyn Hejinian

Une pause, une rose, quelque chose sur le papier

Un moment jaune, tout comme quatre ans plus tard, quand mon père revint de la guerre, le moment des retrouvailles, comme il se tenait au bas de l’escalier, plus jeune, plus mince que lorsqu’il était parti, fut violet — mais les moments ne sont plus désormais si colorés. Quelque part, dans le fond, les chambres ont en commun un motif de petites roses. Trop jolie pour être polie. Dans certaines familles, la signification de la nécessité ne fait qu’un avec le sentiment de pré-nécessité. Les choses les meilleures étaient recueillies dans un stylo. Les fenêtres étaient rétrécies par des rideaux de gaze blanche qui n’étaient jamais dénoués. Ici je fais référence à la non-pertinence, cette rigidité qui jamais ne dérange. D’où, répétitions, dénuées de toute ambition. L’ombre des séquoias, dit-elle, était oppressante. La peluche doit être élimée. Durant ses promenades, elle pénétrait dans le jardin des gens pour pincer des boutures de géranium et de plantes grasses. Un coucher de soleil occasionnel se reflète sur les fenêtres. Une petite flaque est nuageuse. Si seulement tu pouvais toucher, ou même attraper ces grises grosses créatures. J’avais peur de mon oncle avec la verrue sur le nez, ou de ses plaisanteries à nos dépens qui me dépassaient, et j’étais intimidée par la surdité de ma tante, sa belle-sœur, qui avait des années auparavant pris l’habitude de dodeliner, agréablement. Gare de laine. Vois l’éclair, attends le tonnerre. Bien à tort, en l’occurrence. De longues frises chronologiques traînent derrière chaque idée, objet, personne, animal domestique, véhicule et événement. L’après-midi a lieu, […]

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traduit de l’américain par Abigail Lang