Vacarme 40 / cahier

politique de Cadiot

par François Cusset

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Se défaire des énoncés transitifs pour expérimenter dans l’écriture même les champs de force du présent ; réinscrire le texte en fonction d’un projet critique et se rebrancher sur la pluralité des énoncés qui font le bruissement du monde ; introduire du bougé dans le corps même de la langue : ce sont quelques-unes des façons de tenir ensemble la littérature et le politique propres à Olivier Cadiot, dont Un nid pour quoi faire a paru récemment et sur lequel revient ici François Cusset : éléments d’une reconfiguration du sensible.

Trouver sur la page, entre les sons — leur chuchotement audible à même le texte — de quoi exprimer une circonvolution silencieuse tournoyant jusqu’à l’arrêt. Trouver, autrement dit, l’agencement juste qui conserve à ce simple mouvement ouaté sa pluralité de référents : skieur en bout de piste, enfant en chaussettes sur sol lisse, lutin en capuche monté sur coussin d’air. Problèmes techniques que pose à l’art d’écrire la familiarité de telles glissades pour un lecteur contemporain, chez qui elles sont une donnée immédiate de la conscience, une phrase élémentaire de la grammaire télétechnologique, inscrites dans nos imaginaires par toutes les icônes sportives et les scènes de dessin animé qui bercèrent nos enfances. Mais ce problème technique relève-t-il encore de la littérature ? Et relève-t-il de la politique ? Surtout, la façon dont il relèverait de l’une le fait-il aussi relever de l’autre, moyennant une articulation singulière ? Ces simples glissades pourraient-elles nous inviter à repenser les deux poncifs du discours de la modernité, que nous avons figés dans leur autorité, la litanie de leur « fin » ou la nostalgie de leurs luttes — littérature et politique ? L’air de ne pas y toucher, ce sont ces questions insolites qu’oppose depuis vingt ans le travail d’Olivier Cadiot à un paysage littéraire français exsangue, lunaire et pléthorique à la fois. Car il est question, chez Cadiot, d’un rapport tacite, jamais explicité, entre la littérature comme art technique complet et la politique entendue comme un certain chatoiement de la norme, comme l’ensemble des discours et des perceptions normés avec lesquels et contre lesquels a lieu chaque subjectivation présente. Le contraire, en un mot, des approches usées, biographiques ou thématiques, qui n’associent littérature et politique qu’en fonction de motifs contextuels, ou bien des fameux « engagements » de l’Auteur contre les despotes de son temps. La littérature ne travaille pas la politique parce qu’elle en parle ou s’en inspire.

Il est probable, en revanche, qu’une certaine façon de tamiser et de détourner sensations et paroles les plus contemporaines, et souvent les plus anodines, produise aujourd’hui une littérature plus politique, plus radicalement critique, que tous les romans sur le pouvoir et les œuvres d’écrivains-pétitionnaires dont débordent nos librairies. […]

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