Vacarme 41 / chantier généalogies d’une rupture

passer outre

entretien réalisé par Joseph Confavreux

Le romancier Robert McLiam Wilson a quitté, voilà deux ans, la Grande-Bretagne pour s’installer à Paris. En même temps qu’était enfin traduit en français Les Dépossédés, fruit d’une enquête sociale et littéraire dans la Grande-Bretagne post-Thatcher. L’auteur de Ripley Bogleet d’Eureka Street, aidé d’un photographe, y parcourait les quartiers délaissés de Londres, Belfast et Glasgow. De la brutalité de l’expérience thatchérienne à la situation d’aujourd’hui, quelles différences et quels échos ? Au-delà d’un même aplomb, la foi de Margaret Thatcher et l’agitation de Nicolas Sarkozy poursuivent-elles les mêmes buts ?

Pourquoi avoir écrit en 1992 l’ouvrage Les Dépossédés, paru en France en 2005 ? Comment en avez-vous choisi la forme ? Ni roman, ni sociologie, ce livre permettait-il de montrer quelque chose d’invisible ?

Ce livre a été clairement écrit en réaction à ce qui se disait dès la fin des années 1980, puis plus ouvertement au début des années 1990. Lors de la première administration Bush, les théoriciens néo-conservateurs influençaient fortement les déclarations du gouvernement, quand ils ne définissaient pas ses orientations politiques. Il était alors courant de voir des intellectuels neo-cons affirmer, de conférences en publications, que la pauvreté n’existait pas, puisque la télévision et les cigarettes étaient à la portée de tous. Je n’en revenais pas de voir les médias se jeter là-dessus comme un chien sur un os. Je ne comprenais pas que personne ne relève leurs propos pour hurler : « Non, c’est faux et vous le savez ! » Sans de telles circonstances, je n’aurais jamais écrit ce texte parce que je ne suis pas un expert et je manque de discipline. Mais là, c’était insupportable ! Et les romanciers sont bien armés pour dire « Stop ! Vous déconnez. » De plus, l’engagement politique est ancré dans la tradition romancière anglaise. La peinture de la pauvreté, des invisibles et des oubliés est récurrente, sans doute en raison de la popularité de Charles Dickens. Il avait un anglais superbe. C’était un idiot, mais il écrivait dans une langue magnifique. C’était surtout aussi un homme qui avait été pauvre dans son enfance et il n’a jamais rien décrit d’autre que cette pauvreté. Honnêtement, Londres en a été modifiée : la législation a changé parce que ses livres ont été très lus et ont choqué. […]

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Entretien traduit de l’anglais par Laure Vermeersch

publié dans Vacarme 41 automne 2007

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