Vacarme 41 / lignes
En applaudissant ici aux objectifs de fermeté accrue, là au respect des droits des personnes incarcérées, l’opinion n’est guère sensible aux paradoxes qui traversent le discours gouvernemental sur les prisons. Il n’en va pas de même de l’administration pénitentiaire, qui se doit de concilier ces impératifs contradictoires : anticiper sur la gestion d’une explosion démographique annoncée, inventer des procédures pour déjouer par avance les effets de l’incursion d’une approche égalitaire dans des prisons surpeuplées. Un document d’orientation en atteste : sous la loi pénitentiaire annoncée pour l’automne, est à l’œuvre une raison administrative qui avoue sans fard ses dérives présentes, prépare son expansion future et accepte l’incarcération comme réponse indiscutable aux maux de la société.
Attendue depuis des années, une loi pénitentiaire est à l’ordre du jour. « La société française ne peut pas, elle ne doit pas ignorer l’état de ses prisons, parce qu’il y va non seulement de la tranquillité publique, mais aussi des valeurs fondamentales auxquelles nous sommes tous attachés. » « Je souhaite à cet égard que le débat au Parlement sur la loi pénitentiaire constitue un grand rendez-vous de la France avec ses prisons et qu’il marque un tournant dans l’histoire de la prison républicaine. » C’est par ces mots que Rachida Dati a installé le « Comité d’orientation restreint » (COR) chargé de remettre en octobre une synthèse de ses travaux « afin d’accompagner le dépôt du projet de loi au Parlement et éclairer le futur travail des députés et sénateurs ». Parmi les objectifs visés par cette loi nouvelle, la ministre a déclaré : « Il faut garantir les droits fondamentaux des personnes détenues en apportant des réponses concrètes aux questions posées par la mise en œuvre de ces droits. » Mme Dati a également annoncé, en matière d’aménagement de peine, vouloir « être pragmatique, et tenir compte du fait que la prison n’est pas forcément la bonne réponse pour tous les condamnés. Dans ce contexte, a-t-elle poursuivi, le maintien prolongé en prison n’est pas nécessairement la meilleure des garanties contre la récidive ». Elle a associé à sa volonté de réforme « les personnels pénitentiaires qui exercent un métier chaque jour plus difficile ».
Ce n’est pas le moindre des paradoxes que le lancement de ce chantier législatif, qui reconnaît à la fois la nécessité des droits et de l’aménagement des peines, soit contemporain de décisions (suppression de la grâce) et de lois (peines planchers) dont la conséquence mécanique sera l’augmentation de la surpopulation, la dégradation des conditions de détention et de travail et l’allongement des durées d’incarcération. Comment, alors que toutes ces tendances sont facteurs de surpopulation et de violence, est-il possible de légiférer en affichant l’objectif de respecter les droits des personnes détenues ? […]
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