Vacarme 44 / chantier pour en finir avec l’évaluation

surface de réparation

par Joseph Confavreux & Mathieu Potte-Bonneville

Au croisement des exigences de rigueur qui caractérisent un indicateur scientifique, et du souci de lisibilité propre à la démarche militante, la notion d’« empreinte écologique » tire une part de son succès de ses ambiguïtés mêmes. Par son refus de choisir entre échelle individuelle et collective, ou de désigner des priorités, elle renvoie chacun à ses responsabilités. Derrière ses limites, s’esquissent peut-être celles de notre planète.

Le terrain de football est-il en passe de devenir la mesure de notre sobriété écologique ? Un voyage en avion Paris-Le Caire équivaudrait, en termes d’émission de gaz carbonique à « griller » un terrain de football. Et recycler tant de kilos de verre, de carton ou de plastique permettrait de préserver quelques précieux mètres carrés de gazon. Le principe écologique consistant à convertir en termes de superficie les questions de consommation s’est répandu chez une bonne partie des militants de l’environnement, notamment sous le vocable d’« empreinte écologique ». Celle-ci mesure les surfaces de terre nécessaires à la fois pour produire les ressources consommées par un individu, une population, une activité… et pour absorber les déchets engendrés par ces consommations. Pourtant, contrairement au tennis, où la taille du terrain se joue au centimètre près, la surface d’un terrain de football est infiniment variable, même pour les matchs internationaux. Le site officiel de la Fifa indique que sa longueur peut varier entre 100 et 110 mètres et sa largeur entre 64 et 75 mètres. Ce qui compte dans cet instrument d’évaluation environnementale serait alors moins l’exactitude du calcul que la représentation mentale et politique qu’elle produit, en l’occurrence beaucoup de vert, des lignes à ne pas dépasser, et des buts à atteindre. En multipliant l’empreinte écologique exprimée en hectares par l’effectif de population humaine mondiale, divisée par la surface productive totale disponible sur terre — c’est-à-dire par une densité — on obtient une empreinte estimée en nombre de planètes, ce qui permet, en corrélant fortement le mode de développement actuel et l’augmentation de la population mondiale, de montrer que ces dynamiques ne sauraient se prolonger en l’état dans l’avenir. […]

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publié dans Vacarme 44 été 2008

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