Vacarme 44 / cahier

Witold Gombrovicz

par Emmanuelle Bayamack-Tam

Patrick Sainton a fait un portrait de Witold Gombrowicz avec du carton, du scotch, de la ficelle et du papier [1]. J’ai fait le mien avec les mots et les phrases de Witold Gombrowicz, triturés, mâchurés, démontés et remontés. Tout (ou presque) est donc de lui, sauf les dernières lignes, qui sont de Molière. E.B-T

Depuis le départ, on a déjà relié tant de points, des points qui sont des chiffres, des chiffres qui ont entre eux tant de chemins secrets pour faire la différence, qu’on a cru l’avoir attrapé : ici l’orbite, ici le maxillaire, là l’arête nasale, la ligne du sourcil. Mais qu’est-ce qui s’est passé ? L’esclave de l’esclave a sauté hors du cerceau de feu : je suis cirque, lyrisme, poésie, horreur, bagarre, jeu — que voulez-vous de plus ? On n’a rien attrapé, rien que d’oiseuses mises en garde : n’oubliez pas, grippe = mort. Car le rhume et la grippe sont ses mortels ennemis et ses amis grippés deviennent à leur tour des ennemis. Il ne veut plus d’eux, de leurs visites. C’est son médecin qui insiste. Son médecin est très sévère sur ce point, impitoyable, même. Mais lui, l’extravagant, comment a-t-il pu oublier que la crasse, la maladie, le péché, l’anarchie sont nos aliments ?

Qu’on nous donne à lire les pages suivantes : le changement d’un mot ou l’élimination d’une phrase nous rapproche de lui. Qu’on le rejoigne enfin dans le chemin des petits changements de mots, qui ont une grande importance. Qu’on le retrouve ainsi, l’esclave de l’esclave, portant partout sa tête comme un candélabre, fuyant le cirque lituanien et son cercle de feu : cessez de me piquer à coups de bec ; cessez de m’arracher les plumes. On ne lui a rien arraché, on peut le jurer, car le journal tenu n’en est pas un. Mercredi : moi. Mardi : moi. Jeudi : moi. Dimanche : maudit soit leur corps. Lundi : maudit soit leur corps facile. On n’en tire rien. […]

L'intégralité de cet article est disponible dans le numéro actuellement en vente en librairies ou sur commande.

[1] SANS TITRE (WITOLD GOMBROWICZ), technique mixte sur carton, 200 x 130 cm, Patrick Sainton, 2001